Université du Massachusetts, Design Building, Emplacement: Amherst MA, Architecte: Leers Weinzapfel Associates

Par Tom S. Chung, AIA LEED BD+C
Principal et leader du design, Leers Weinzapfel Associates

Alors que les défis du changement climatique continuent de faire la une des nouvelles, un ensemble de révolutions technologiques en design et en science des matériaux offre un espoir renouvelé.

Si le secteur des transports reste une importante source d’émissions de carbone, la lutte contre le changement climatique incite aussi à revoir la façon dont les bâtiments sont conçus, construits et exploités.

Il faut savoir que l’industrie de la construction produit plus ou moins 40 % des émissions mondiales de carbone – même plus que le secteur des transports.

Ces dernières décennies, deux nouveautés technologiques apparues presque en même temps pourraient améliorer considérablement le mode de construction des bâtiments.

La première est la révolution numérique, qui permet de concevoir et de construire des structures en bois complexes. Des ordinateurs et logiciels de pointe combinés à des machines à commande numérique par ordinateur de précision rendent aujourd’hui possible de créer des bâtiments qui auraient jadis dépassé de beaucoup les capacités du bois. La seconde est une avancée de la science des matériaux, soit plus particulièrement la fabrication de bois massif.

Le bois massif est une catégorie relativement nouvelle de produits en bois d’ingénierie préfabriqués de plus grandes dimensions que les éléments des traditionnelles charpentes légères (les fameux « deux par quatre ») de nombre d’habitations.

Des produits de bois massif comme le bois lamellé-collé (GLT) existent depuis plus de 75 ans, mais la fabrication des nouveaux produits de bois massif, comme le bois laminé à chevilles (DLT), le bois stratifié-croisé (CLT) et les panneaux de bois massif (MPP), recourt à des procédés à haute pression et à des adhésifs structuraux de haute technologie ou des chevilles en bois dur pour assembler des couches de bois en de grands panneaux de bois massif et créer des planchers, des toits et des murs.

Ces produits d’ingénierie ont une résistance et une polyvalence semblables à celles du béton et de l’acier; grâce au phénomène de carbonisation, ils sont résistants au feu; et ils permettent de construire des structures de bois complexes qu’on ne pouvait envisager par le passé. Parce qu’ils sont fabriqués en usine et peuvent être prédécoupés au moyen de machines de découpage informatisées, les panneaux de bois massif atteignent un nouveau degré de précision et de qualité et ont une plus faible empreinte de carbone.

Le bois massif réduit aussi le temps de construction, les déchets et le bruit sur les chantiers, car les travaux sont réalisés en grande partie hors du chantier et à l’avance.

Université de l’Arkansas Adohi Hall

Par-dessus tout, le bois est une ressource renouvelable et est en cela très différent d’autres matériaux de construction. De plus, les arbres absorbent du carbone durant leur croissance, et ce carbone est emmagasiné dans des produits en bois durables, au lieu d’être rejeté dans l’atmosphère. L’énergie intrinsèque du bois massif — la quantité d’énergie qu’il faut pour le produire — est aussi bien inférieure à celle de la plupart des autres matériaux de construction.

Le bois massif offre une expérience esthétique unique ajoutant la chaleur et la beauté organique du bois, qui peuvent ensuite accroître la productivité et améliorer la qualité de vie des occupants d’un bâtiment.

L’utilisation de bois massif provenant de forêts comme celles qui sont certifiées selon les normes Sustainable Forestry Initiative (SFI) donne assure aux architectes et les constructeurs l’assurance qu’ils choisissent des produits en bois provenant de forêts bien aménagées. Cette certification de foresterie durable revêt une importance cruciale pour l’utilisation du bois de façons novatrices, qui créent un cadre bâti plus sain. SFI, qui soutient la conservation, l’éducation et la recherche, élabore et gère des normes d’aménagement forestier rigoureuses qui font l’objet d’audits par de tierces parties.

Le monde de la construction et du design innove et reconnaît que le bois massif est peut-être le seul matériau structural qui, s’il était largement adopté, infléchirait grandement et pour le mieux l’évolution du changement climatique.

L’adoption à grande échelle du bois massif pourrait aussi susciter un essor économique considérable pour les populations rurales qui cultivent, récoltent et transforment le bois pour répondre à la demande urbaine croissante de bâtiments écologiques alors que nos villes grandissent. Elle pourrait combler le fossé entre le monde rural et le monde urbain, qui donne lieu à tant de tension socioéconomique et politique ces temps-ci.

Il reste beaucoup à faire pour que le bois massif soit largement adopté dans l’ensemble du pays. Il n’en demeure pas moins que le bois massif offre à la fois un moyen révolutionnaire de mieux concevoir les bâtiments et l’espoir d’un monde plus durable.

Tom S. Chung, AIA, LEED, BD+C, est un associé et un responsable du design de la firme Leers Weinzapfel Associates. Il a enseigné le design avec le bois massif à l’Université Auburn et enseigne actuellement l’architecture à des étudiants diplômés à l’Institut de technologie Wentworth, à Boston. Ses projets en bois massif comprennent le pavillon du design Olver de l’Université du Massachusetts à Amherst et le pavillon Adohi de l’Université de l’Arkansas.

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